Étiquetage des produits de rénovation : que cachent vraiment les indices A+, A, B et C ?
Depuis 2013, la France impose un étiquetage obligatoire sur les produits de construction, de rénovation et de décoration, afin d’informer les consommateurs sur leur niveau d’émission de COV dans l’air intérieur. Mais que signifie réellement cet indice ? Et surtout, est-il vraiment fiable ?

Repeindre une chambre, poser un parquet neuf, vernir un meuble : ces gestes anodins du quotidien contribuent à rendre un logement plus agréable. Mais derrière la promesse d’un intérieur plus beau se cache un enjeu souvent ignoré : la pollution de l’air intérieur par les composés organiques volatils (COV).
Les produits de rénovation et de décoration : une source majeure de pollution intérieure
Peintures, vernis, colles, moquettes, panneaux de bois aggloméré, revêtements muraux, mastics ou produits d’étanchéité… Tous ces matériaux libèrent des composés organiques volatils (COV) dans l’air intérieur.
Ces substances, très réactives, s’évaporent à température ambiante et s’accumulent dans les logements, parfois pendant des semaines après les travaux.
Les COV sont à l’origine :
- d’irritations des yeux et des voies respiratoires,
- de maux de tête, fatigue, troubles du sommeil,
- d’effets allergisants,
- et, pour certains, d’effets cancérigènes ou neurotoxiques.
Selon l’Observatoire de la Qualité des Environnement Intérieur (OQEI), les concentrations de COV dans l’air peuvent être jusqu’à dix fois plus élevées après des travaux de rénovation. Cette situation est particulièrement préoccupante notamment pour la rénovation des chambres d’enfants qui restent les pièces les plus pollués du logement.
L’étiquetage obligatoire : un outil d’information… imparfait
Pour permettre aux consommateurs de faire un choix éclairé, un étiquetage obligatoire a été instauré en France. Il concerne tous les produits de construction, de décoration et de revêtement émettant des substances volatiles après leur mise en œuvre.
Chaque produit doit afficher une étiquette sanitaire avec un indice d’émission de COV :
| Classe | Niveau d’émission de COV dans l’air intérieur | Interprétation |
|---|---|---|
| A+ | Très faibles émissions | Produit le moins polluant |
| A | Faibles émissions | Émissions limitées |
| B | Émissions moyennes | Produit émetteur |
| C | Émissions élevées | Produit fortement émetteur |
Ainsi, l’utilisation d’un produit classé A+ (Très faible émission de COV dans l’air intérieur) est censé garantir une émission minimale de polluants volatils… mais la réalité est plus complexe.

Comment est déterminé l’indice présent sur l’étiquetage ?
L’évaluation de l’émission de COV dans l’air intérieur repose sur des tests normalisés en laboratoire. Les produits sont placés dans une chambre d’essai hermétique où l’on mesure les émissions de COV :
- après 3 jours,
- puis après 28 jours (21 jours d’exposition supplémentaires).
Le résultat permet d’établir la concentration de COV émise dans l’air intérieur en microgrammes par mètre cube (µg/m³).
Les résultats sont ensuite comparés avec des valeurs de référence et chaque paramètre (voir le paragraphe « Quelles substances sont mesurées ? ») se voit attribuer un indice (A+ à C) en fonction du résultat obtenu. L’indice d’émission de COV dans l’air intérieur du produit est déterminé par la pire note attribuée. Ainsi, si tous les indices pour les paramètres mesurés sont A+ sauf pour un qui est B, le produit sera classé B.
Des conditions de test loin de la réalité des logements
Les tests sont réalisés dans des conditions standardisées : température, humidité, ventilation et surface d’exposition constantes. Mais dans un logement réel, ces paramètres varient énormément :
- température variable,
- taux d’humidité variable,
- aération et ventilation variable et généralement moins élevées que dans les tests en laboratoire (qui laisse les fenêtres ouvertes pendant 28 jours après l’application d’une peinture ?)
- présence de multiples produits et matériaux de décoration et de rénovation (peinture, revêtement de sol, mobilier, colle…)
En conséquence, les émissions réelles peuvent être bien supérieures à celles mesurées en laboratoire.
Un étiquetage déclaratif et non contraignant
Autre limite majeure : cet étiquetage est déclaratif. En effet, les fabricants ou importateurs déterminent eux-mêmes la classe d’émission de leurs produits, sans obligation de vérification indépendante. Les contrôles publics sont rares, et même si les essais en laboratoire sont normés, ils peuvent sont réalisés par des laboratoires choisis par les producteurs eux-mêmes.
L’indice A+ n’est donc pas un label officiel de qualité sanitaire, mais une simple déclaration de conformité. En pratique, deux produits affichant la même classe A+ peuvent émettre des quantités de COV très différentes.
Quelles substances sont mesurées dans l’étiquetage obligatoire ?
La réglementation française impose l’évaluation d’un certain nombre de composés spécifiques :
- Formaldéhyde,
- Acétaldéhyde,
- Toluène,
- Tétrachloroéthylène,
- Xylène,
- Ethylbenzène,
- 2-butoxyéthanol,
- Styrene,
- 1,2,4-triméthylbenzène,
- 1,4-dichlorobenzène,
- Et la somme totale des COV (COVT), c’est-à-dire la concentration globale de tous les composés organiques volatils détectés.
Cependant, cette liste reste limitée : plusieurs substances toxiques ne sont pas prises en compte.
Le cas du benzène : un grand absent de la réglementation d’étiquetage
Le benzène, cancérogène avéré pour l’homme (CIRC groupe 1), est l’un des polluants les plus préoccupants de l’air intérieur. Il est pourtant exclu de la liste des composés évalués dans le cadre de l’étiquetage COV.
Cette incohérence s’explique par le fait que la réglementation européenne (règlement REACH) interdit déjà la présence de benzène dans les produits de consommation. Mais dans la réalité, des traces résiduelles peuvent encore être présentes, notamment dans les produits issus de la pétrochimie .
Ainsi, même un produit A+ peut contribuer à la présence de benzène dans l’air intérieur, sans que cela soit détecté ou mentionné.
Comment limiter l’exposition aux COV lors des travaux ?
Limiter la présence de COV à la source doit être une priorité pour les travaux de rénovation et de décoration.
Choisir les produits les moins émissifs
Privilégier les produits étiquetés A+, mais en gardant à l’esprit leurs limites. Les labels indépendants comme Écolabel Européen, NF Environnement … peuvent offrir de meilleures garanties.
Ventiler abondamment pendant et après les travaux
Aérer au moins 10 minutes par heure pendant plusieurs jours. L’utilisation de purificateurs d’air à charbon actif peut aider à absorber une partie des COV.
La chaleur favorise les émissions de COV
La chaleur (température ambiante en été ou utilisation de chauffage) accélère l’évaporation des solvants et augmente mécaniquement les concentrations de COV dans l’air intérieur.
Attendre avant d’occuper les pièces rénovées
Pour limiter l’exposition à des concentrations élevées de COV, il est recommandé d’attendre au moins 3 à 4 semaines avant de séjourné dans la pièce, surtout pour les chambres d’enfants.
En conclusion, l’étiquetage de l’émission de COV (A+, A, B, C) constitue une avancée importante pour sensibiliser les consommateurs aux risques liés à la pollution de l’air intérieur. Mais il reste imparfait, peu représentatif des conditions réelles d’utilisation et non contraignant pour les fabricants.
Un produit classé A+ n’est donc pas exempt de pollution, mais simplement moins émissif dans des conditions de test idéales. En attendant une réglementation plus stricte et des contrôles renforcés, la vigilance des consommateurs reste le meilleur bouclier pour préserver un air intérieur plus sain.
Crédit photo de Bente Whyatt sur Unsplash
